L’argument de la généralisation
1.1. Usages explicites de la généralisation
1.2. Ambiguïté de la généralisation
1.3. Généralisation ou moralisation ?
1.4. Faiblesse pratique de l’argument
1.5. Morale, écologie, politique
Tout irait tellement mieux si les gens commençaient par changer de comportement ! Les quantités de déchets diminueraient, l’énergie ne serait pas gaspillée, la pression humaine exercée sur l’environnement deviendrait enfin durable. On compte beaucoup sur l’éducation pour amener chacun à modifier ses habitudes personnelles de transport et de consommation en général. On met en œuvre des actions de sensibilisation. On informe. On montre des films. Le Ministère de l’Education nationale s’évertue ainsi, depuis 2004, à généraliser dans les établissements scolaires de multiples pratiques d’éducation à l’environnement et au développement durable. L’éducation, tout autant que l’information et les différentes campagnes de sensibilisation, ont à la longue un impact indéniable sur les opinions. Elles continuent toutefois à cibler des individus. Au lieu de rassembler des collectifs, elles les dispersent. Il en résulte qu’elles laissent les individus se débrouiller seuls, dans les limites de leur sphère et de leur jugement privés, avec les enjeux environnementaux dont ils entendent parler. On ne cesse de répéter que l’éducation au développement durable vise à former les citoyens de demain ou cherche à développer leur « éco-responsabilité ». On élude ainsi le problème que pose l’appel à la responsabilité de tous, en supposant que tous sont, quoi qu’il en soit, des citoyens du monde. Que cette dernière expression ait de l’avenir, on peut l’espérer. Pour le moment cependant, elle fait plutôt obstacle à des stratégies qui seraient non seulement plus efficaces pour réduire la pression environnementale des activités humaines mais qui seraient aussi beaucoup plus stimulantes au plan politique. Les établissements scolaires, par exemple, émettent isolément peu de gaz à effet de serre quand on les compare à certaines entreprises. Mais l’efficacité contre le changement climatique ne se mesure pas seulement en valeur absolue. Etre efficace consiste aussi à inventer des modes d’organisation collective qui permettent d’atteindre un objectif relatif. Que doit faire un établissement scolaire pour réduire ses émissions de 10 ou de 20% sur trois ans ? A quelles conditions est-il possible d’introduire une comptabilité carbone dans un établissement scolaire ? Comment concilier l’impératif de la réduction des émissions avec les missions éducatives, pédagogiques et culturelles de l’école ? Toutes ces questions nous situent bien au-delà de la sphère individuelle. Nous nous trouvons ici sur le terrain d’une « plastique sociale ». Les établissements scolaires, comme toutes les autres collectivités, ont un rôle à y jouer pour réduire effectivement les émissions de gaz à effet de serre mais aussi pour explorer de nouvelles façons de vivre, de travailler et de décider ensemble*. En s’organisant pour réduire significativement les émissions de gaz effet de serre qui proviennent de ses différentes activités, en affrontant les difficultés organisationnelles qu’un tel projet ne manque pas de soulever, la collectivité scolaire n’agira pas seulement pour le profit de tous. Elle aura le mérite à la fois « politique » et éducatif de ne pas enfermer « l’affaire de tous » dans la conscience de chacun.
* Voir les initiatives du Collectif carbone dans l’académie de Poitiers