L’éthique n’est-elle pas la seule alternative à la politique ?

jeudi 30 avril 2009
par Philippe Eon
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Certains auteurs, en particulier dans le monde anglo-saxon, ont fini par substituer le mot « éthique », défini comme ensemble de valeurs, de règles et de pratiques de management, au mot « politique ». Nous pourrions croire que les conditions de notre vie sociale (démographie imposante, différenciation fonctionnelle au sein des systèmes, échanges, effacement des frontières dans certaines zones géographiques, multiculturalisme et dispersion du sentiment d’identité, etc.) nous conduisent à aborder tous les étages de la vie collective avec un pragmatisme qui associe le respect de chacun et l’idée qu’on n’obtient rien des individus contre leur volonté. L’éthique se veut garante du cadre. Elle inspire les méthodes, elle rappelle les règles, comme s’il n’y avait plus lieu de poser la question du but. Et c’est cela, en fait, qui est politiquement inquiétant. Le rapport à un but est définitivement rejeté dans la sphère privée, dans la sphère économique, dans la sphère artistique, etc. C’est vrai qu’il est délicat de réactiver l’idée d’un but qui prendrait un sens pour toute une société. On frôle toujours une simplification anachronique et dangereuse pour la démocratie. Si on veut réinjecter de la politique dans les situations où l’éthique (mais aussi l’économie) a pris sa place, il faut s’adresser de nouveau à la volonté des individus. Et pour éviter de tomber dans la mythologie du but collectif, il faut leur poser la question du critère. Non pas : « que voulez-vous pour vous et pour les autres ? ». Mais plutôt : « au nom de quoi voulez-vous (et faites-vous) ce qui a une incidence sur d’autres, ce qui implique les autres, ce que d’autres aussi peuvent vouloir, etc. ? »