Pourquoi parler de généralité et non d’universalité ?
Parle-t-on de l’intérêt universel ? En revanche, on ne cesse d’invoquer l’intérêt général. Mais la rhétorique philosophique de l’universel et le recours politique à l’intérêt général servent deux stratégies intellectuelles dont la finalité est la même : on cherche à éviter de se demander par quoi chacun de nous est encore « accroché » au groupement dans lequel il vit, travaille, consomme, s’appauvrit, s’enrichit, vote, ne vote pas, etc. L’universel est opératoire dès qu’il s’agit de s’interroger sur la distribution de l’appartenance au groupement politique. Pourquoi l’un a-t-il des droits, pourquoi l’autre est-il exclu ? L’intérêt général, au contraire, est un motif qui devrait parler à ceux qui font partie du groupement politique. Ce motif est censé leur dire que la vie collective, avec ses contraintes, ses lois, ses inégalités, se justifie de leur point de vue. La généralisation est l’instrument qui permet de comprendre comment se construit un intérêt qui est à la fois celui de chacun et celui de tous. C’est une entrée au cœur de la politique, c’est-à-dire au cœur du problème que pose l’existence d’un sujet collectif.