Une critique de l’intérêt général, d’accord, mais n’est-ce pas dangereux ? N’est-ce pas reconnaître que la politique se réduit finalement au jeu des intérêts particuliers ?
L’intérêt général est devenu une formule creuse dans le langage politique. Ce qui est dangereux, c’est de la répéter en occultant le fait qu’elle ne joue plus son rôle. On s’en sert uniquement pour souligner par contraste qu’il y a des intérêts particuliers. Est-ce nécessaire ? Qu’il y ait des intérêts particuliers à l’œuvre dans notre vie collective, c’est évident, tout le monde en fait l’expérience. En revanche, on ne cherche même plus à savoir de qui (ou de quoi) l’intérêt général peut encore être l’intérêt. On ne cherche pas plus à comprendre en quoi consiste la généralité de l’intérêt général. Au bout du compte, on s’empêche d’introduire et de discuter dans le débat politique certaines alternatives conceptuelles : le bien commun, la cause commune, le commun.