7.1. La qualification politique

dimanche 22 mars 2009
par Philippe Eon
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Nos opinions sont politiques quand elles portent sur la façon de gouverner la collectivité, que cette collectivité ait les dimensions et la complexité d’un Etat ou qu’elle ait les limites d’une institution ou d’une commune. Ce que les gouvernants décident est-il acceptable ? Ce qu’ils projettent de faire se justifie-t-il ? Leur action est-elle efficace ? Pourquoi ne l’est-elle pas ? Nous avons très souvent l’opportunité, avec plus ou moins de sérieux dans le propos, de nous prononcer sur ces questions. Dénoncer une décision comme politique ou en appeler à une volonté politique pour sortir la collectivité de telle ou telle situation, revient à signifier deux choses : d’abord, il y a une réalité politique, c’est-à-dire un domaine où le cours des choses dépend de choix qui pourraient être tout autres – sous-entendu, si de nouveaux gouvernants avaient la chance de faire valoir de nouveaux buts ou de nouveaux moyens ; ensuite, ce domaine politique a son autonomie parce que les décisions qu’on y prend, les stratégies qu’on y adopte, les idéaux qu’on y proclame, ne s’expliquent pas seulement par les critères de l’efficacité technique, de la rationalité comptable ou de la productivité économique. A l’instar de nos opinions, nos actions sont politiques quand elles cherchent à peser sur le devenir de la collectivité. Le gouvernement de la collectivité est, selon cette définition, l’action politique exemplaire. Il y en a d’autres. Militer dans un parti pour consolider l’action d’un gouvernement en place ou, au contraire, pour provoquer un changement de gouvernement est naturellement un mode privilégié de l’action politique. Ce que font certaines associations, quand elles se battent pour de nouvelles lois ou pour obtenir des crédits, dans divers domaines (santé publique, environnement, éducation), quand elles s’opposent à un projet gouvernemental sur tel aspect de la vie collective, relève également du domaine politique. Même si elle reste indépendante des lignes suivies par les partis, l’action de nombreux syndicats est ainsi manifestement politique. Les militants syndicalistes n’agissent pas seulement dans le but de maintenir ou de faire évoluer l’organisation collective à laquelle ils appartiennent. S’ils sont contraints à des manœuvres politiques pour défendre ou changer les « gouvernants » de leur syndicat, c’est parce que la direction du syndicat en fixera l’attitude non seulement vis-à-vis des autres partenaires sociaux mais également des responsables de l’Etat. Peut-on aller jusqu’à appliquer la qualification « politique » à l’action des membres d’un club sportif sur la vie collective au sein du club ? Si on s’en tient à la forme de l’action (influence sur les décisions, pression pour chasser les dirigeants, organisation de scrutins), il n’y a aucun doute à ce sujet. Il est toutefois manifeste que l’activité sportive, même si elle présuppose une vie collective plus large que celle du club et même si elle a des conséquences sur une vie sociale qui dépasse les limites du club, n’est pas politique en elle-même. Elle ne vise pas à modifier la situation dans laquelle se trouve l’ensemble de la collectivité. C’est pourquoi le langage courant attache le mot « politique » presque exclusivement aux actions qui touchent à la gestion de l’Etat, à son organisation ou même à son existence. Nous avons pris l’habitude, en tout cas dans notre tradition républicaine, de rapporter les usages du mot « politique » à une première application qui est censée les fonder tous parce qu’elle renvoie à l’existence d’une entité supérieure et souveraine, qu’on appelle le peuple, l’Etat, la République ou le corps politique. N’est-il pas évident que la chose politique soit comme la substance qui précède et qui explique l’action que l’on mène en son nom pour la perpétuer ou pour la modifier ?

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