2.2. Philosophie de la connaissance

lundi 16 mars 2009
par Philippe Eon
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Dans la connaissance, la généralisation est un procédé ou une démarche qui vise à dépasser les limites de l’expérience pour élever un énoncé factuel, et donc particulier, au rang de vérité générale, voire de loi scientifique. Je constate par exemple que tel champignon provoque des maux de ventre ; sans prendre la peine de réitérer mon expérience, j’assure que tous les champignons ressemblant au premier ne sont pas comestibles. Il semble impossible de connaître le monde empiriquement, que ce soit pour l’enfant au cours des phases d’apprentissage ou que ce soit pour le scientifique à l’intérieur de son laboratoire, sans s’appuyer sur une démarche inductive, c’est-à-dire sans généraliser. Il est vrai que cette continuité supposée entre la connaissance empirique commune et la connaissance scientifique est contestable. Bachelard (1993) montre que les généralisations de la connaissance commune font obstacle à l’élaboration d’une connaissance objective et rationnelle. La philosophie de la connaissance n’a pas non plus cessé de soulever des problèmes logiques à propos de l’induction. Quelle différence existe entre des généralisations légitimes, qui pourraient donner lieu à des lois scientifiques, et des généralisations contingentes, dont la vérité n’est fondée que sur le hasard ? Je peux certainement généraliser un énoncé au sujet de la nocivité d’un champignon. Si je prenais le risque de consommer des exemplaires semblables au premier spécimen, je ne serais, comme on dit, certainement pas « déçu ». En revanche, pour reprendre un exemple donné par Goodman (1984, p 87) , ce n’est pas parce qu’un homme présent dans une salle est le troisième garçon de sa famille que d’autres hommes dans cette même salle seront aussi les troisièmes de leurs familles respectives. Sur ce point ma prédiction manquerait sérieusement de garantie. La possibilité de généraliser et de parvenir ainsi à une connaissance scientifique certaine semble exiger un accord a priori entre notre esprit et la réalité. Mais cette thèse, qui fournit un socle reposant pour comprendre la nature de la vérité scientifique, est philosophiquement encombrante. Popper (1978) préfère à la fois contester l’existence d’un tel accord et considérer que la connaissance empirique ne procède nullement par généralisation d’observations factuelles. Ce sont au contraire des généralités théoriques qui, projetées sur la réalité, permettent de trouver des régularités dans l’expérience. Le cadre épistémologique proposé par Popper est celui d’une compétition évolutionniste. La science invente, sous forme de théories seulement vraisemblables et toujours réfutables, les moyens de croire que la réalité est comme nous la pensons. La solution au problème philosophique de la généralisation résultera peut-être des recherches conjuguées de la psychologie cognitive et de la neurobiologie. Les progrès que l’enfant réalise dans la généralisation de son expérience ou de ses connaissances ont sans doute leur soubassement dans le développement de certaines connexions cérébrales. En tout cas, à supposer que la généralisation joue vraiment un rôle dans l’élaboration de notre connaissance empirique, il faut retenir qu’elle est alors une opération du sujet connaissant. C’est lui qui généralise. Pour cette raison, la généralisation a dans ce contexte le statut d’un procédé qui s’applique à des expériences et au bout du compte à des énoncés.

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