2.1. Définition de la généralisation

lundi 16 mars 2009
par Philippe Eon
popularité : 1%

Lorsqu’elle est utilisée dans un raisonnement pratique, la généralisation est une projection. L’individu est convié, par un interlocuteur ou par sa propre raison, à se représenter un ensemble dont il est un des éléments. De cette représentation il doit tirer une conclusion relative à son comportement. En discutant la nature de cet ensemble (classe existante ou classe obtenue par généralisation), on souligne les faiblesses de l’argument. Il ne serait pas pertinent d’en déduire que la généralisation ne joue aucun rôle dans la manière dont les individus se représentent leur appartenance à quelque collectivité. Si c’est le cas, ce qui reste bien entendu à confirmer, la généralisation devient opératoire au plan politique. Dans l’argument moral, la représentation de la collectivité sert de détour pour peser sur le comportement individuel. D’un point de vue politique, les choses se présentent autrement. L’appartenance à une collectivité ne peut pas être imputée de manière contrefactuelle. Elle a plutôt le statut d’une donnée à laquelle les individus se rapportent grâce aux représentations qu’ils s’en font. Les représentations de la collectivité sont-elles un détour que les individus empruntent quand ils s’engagent dans des opinions, dans des discours, dans des revendications, dans des actions dont l’enjeu est dit « politique » ? Et, si détour il y a, est-il possible de le décrire, à la fois par analogie et en contraste avec le domaine moral, comme une généralisation spécifiquement politique ? Toute généralisation est une sorte de passage : quelque chose qui est particulier au départ devient général à la fin. Cette définition est évidemment très formelle. La question est de savoir à quoi ou comment on reconnaît l’existence de ce passage. L’argument moral énonce explicitement la généralisation. Projeté dans la classe de « tout le monde » ou dans l’ensemble de « tous les habitants de la planète », l’individu est amené à se saisir lui-même selon une caractéristique qu’il partage avec d’autres et qui, de ce fait, est générale. Si nous voulons pouvoir parler d’une généralisation politique, nous devons être en mesure de repérer de quelle manière elle s’accomplit. Le mieux est de commencer par comprendre comment la notion de généralisation est utilisée dans d’autres domaines. J’en visiterai deux : philosophie de la connaissance d’une part, et sciences sociales d’autre part.

Précédent | Suivant


Navigation

Articles de la rubrique